CHAPITRE X

Sa fabrication remontant à très longtemps, ses nombreuses années d’expérience avaient truffé la mémoire de R2-D2 d’un trésor d’astuces, de techniques et de stratégies qui faisaient pâlir la programmation de la plupart des autres droïds. Dans la situation présente, il avait besoin de chaque bit de ce trésor…

Parce que – et c’était frustrant au possible – les ordinateurs de gestion de la prison du spatioport refusaient de libérer ses amis.

Pourtant, il avait facilement obtenu les renseignements. Yan et Leia partageaient une cellule située au dernier niveau de sous-sols. Ils étaient qualifiés d’Ennemis de l’État avec la précision : Gardés à vue pour être transportés par convoi spécial.

Le système informatique de la prison avait pu être persuadé de ne pas divulguer l’intrusion de R2-D2. Le petit droïd s’était fabriqué une fausse identité de programme de sécurité pour tester l’efficacité des routines défensives. Le seul inconvénient, c’étaient leurs railleries, chaque fois qu’il ne réussissait pas à pénétrer dans leurs protocoles. Ce qui arrivait souvent.

En revanche, le système informatique de la prison n’avait pas voulu admettre que la cellule des Solo était actuellement vide et prête à recevoir un nouvel occupant, à condition qu’il veuille bien l’ouvrir. Il ne s’était pas non plus laissé convaincre que les Solo disposaient d’une autorité équivalente à celle du directeur de la prison. Et la tentative de classer Yan et Leia à un niveau de sécurité ridiculement faible avait aussi échoué.

R2-D2 trilla d’énervement. Au contraire des humains, les ordinateurs des prisons n’étaient jamais distraits et ils n’avaient jamais faim. Leur attention ne se relâchait pas. Cette histoire durerait une éternité, et le fichier des Solo indiquait qu’ils seraient remis à des « visiteurs étrangers au système » dans les prochaines heures.

Distraction. Faim. R2-D2 rappela les protocoles informatiques consacrés aux besoins des prisonniers et les étudia de nouveau.

Satisfait des résultats, il roucoula de bonheur et se remit au travail.

 

Dans la file d’attente des visiteurs, C-3PO approchait lentement de l’entrée de service de la prison. A voix basse, il parla dans la sacoche qu’il portait autour du cou :

— R2, je suis quatrième maintenant.

Compris.

C-3PO jeta un coup d’œil à l’entrée gardée par un humain et un droïd de sécurité corpulent équipé d’une armure noire rappelant certains soldats impériaux. Des yeux globuleux rouges luisaient sur son faciès sans expression – une vision de cauchemar, même pour un droïd.

L’humain avait un air de famille. Un cousin éloigné peut-être ? Il ne portait pas de casque, et ses yeux brillaient d’une lueur rouge.

C-3PO avança d’un pas.

— A présent, il n’y a plus que deux personnes devant moi.

Très bien. Mon minutage devrait fonctionner.

— Quel minutage ?

Pas de réponse.

Le droïd de protocole arriva en deuxième position. Au milieu de son dialogue avec un visiteur, le garde humain sortit de sa poche un comlink en émail noir. L’air mécontent, il parla pendant un moment, puis se rembrunit encore.

— Je dois te laisser quelques minutes, grogna-t-il à l’attention du garde cybernétique. Le service du personnel veut me poser une question.

Le droïd hocha ce qui lui servait de tête. Il continua l’examen de l’identipuce, la rendit au visiteur puis le poussa de l’épaule vers l’escalier… que le malheureux faillit dégringoler.

— Entrée refusée, aboya-t-il. Au suivant !

C-3PO approcha avec le sentiment irrationnel que son centre de la parole venait d’avoir un court-circuit.

— Bonjour, monsieur. Je voudrais entrer dans cette…

— La ferme. Identification !

L’identipuce préparée quelques minutes plus tôt par le databloc de C-3PO disparut dans la fente du lecteur intégré à la poitrine du droïd gardien. En un clin d’œil, la vérification fut terminée.

— Service de restauration Tadening : autorisé à entrer !

— Merci, monsieur.

Avant que C-3PO ait pu franchir la porte, comme il s’apprêtait à le faire, le garde l’arrêta.

— Pas si vite. Présentation des marchandises !

A contrecœur, C-3PO tendit sa sacoche et l’ouvrit en vue de l’inspection. Elle contenait le sabre laser de Leia, le blaster DL-44 modifié de Yan, des vibrolames, un databloc et plusieurs datacartes.

— Conformément à leur demande, c’est le dernier repas des Solo avant leur départ.

— Explication ! ordonna le garde en baissant les yeux sur les divers articles.

— Eh bien, ces deux grands paquets sont des morceaux de viande corelliens. Celui avec la détente est épicé, l’autre de l’est pas. (Pour un droïd de protocole consciencieux, il était pénible de donner une explication aussi ridicule, mais puisqu’il le fallait… C-3PO désigna les vibrolames :) Des baguettes de pain. Et ça, ce sont de gaufres au miel.

— Pas de légumes ?

— Non, pas de légumes. Vous savez comment sont les Corelliens.

Activant sa connexion à distance, le droïd de sécurité accéda à l’ordinateur central et consulta les représentations 3-D des aliments que C-3PO venait de lui présenter. La banque de données lui transmit des images fraîchement actualisées de ces denrées, impressionnantes par leur précision jusque dans les détails de couleur, de structure ou de surface.

— Passez, dit le droïd.

— Merci, monsieur.

Après être entré dans le bâtiment, C-3PO se fia aux données transmises par microsystème, qui le guidèrent à travers un labyrinthe de services – la laverie, la surveillance électronique des prisonniers, les zones de visite… Aux cuisines, un chariot automoteur avança à sa rencontre et lui présenta un tiroir ouvert.

— Vous êtes sûr que c’est le tiroir destiné aux Solo ? demanda C-3PO.

Le chariot émit une série de bips agacés.

— Ne vous tracassez pas, je n’ai pas mis vos compétences en cause. Je faisais juste la conversation.

Le droïd doré vida la sacoche dans le tiroir. Le chariot s’éloigna, cognant dans les portes battantes des cuisines en marmonnant des commentaires excédés.

— Ces unités de service gouvernementales… se plaignit C-3PO. Et il me faudra retrouver mon chemin.

Il parlait dans le vide. Jusqu’à ce qu’il trouve un autre databloc ou un comlink ayant assez de puissance pour contacter R2-D2, il était tout seul. Son collègue lui avait expliqué qu’il regagnerait la liberté en rebroussant chemin, en sortant de la prison et en se dirigeant vers le nord aussi vite que ses jambes dorées le porteraient. Il lui avait dit qu’il devrait être courageux.

— Alors, voilà comment on se sent en étant courageux, murmura C-3PO. Bizarre que ça ressemble autant à se sentir terrifié…

 

Yan et Leia entendirent le droïd de service longer l’alignement de cellules. A chaque arrêt, il annonçait Petit déjeuner d’un chuintement mécanique agaçant, suivi d’un cliquetis de tôles.

— Je devine, dit Yan, que ce repas sera une expérience intéressante.

Le droïd arriva devant leur porte.

— Dernier repas, lança-t-il.

— De mieux en mieux, souffla Leia.

Des objets passèrent à travers la fente : le blaster de Yan, le sabre laser de Leia, divers outils…

— C’est une plaisanterie ! s’écria Yan.

— Mais une bonne. Quelle formidable prison !

Ils se précipitèrent vers la porte pour ramasser leur bien. Leia ouvrit le databloc :

R2-D2 au rapport. Canal audio ouvert. Appuyez sur « avance » pour obtenir une carte du chemin d’évasion et sur « retour » pour du texte.

— R2 ? demanda Leia.

En mode alerte ! Je suggère que vous commenciez votre évasion aussi vite que possible. Je suis incapable d’empêcher les droïds de surveillance d’observer votre cellule. Ils peuvent se demander à tout moment pourquoi vous ne mangez pas.

— Compris, dit Leia.

Ayant appuyé sur la touche Avance, elle mémorisa rapidement les premiers éléments de l’itinéraire.

— Le couloir court, l’obstacle des barres métalliques – pas de problème – découper le plancher au-dessus de la zone des équipements de maintenance. C’est clair. Tu es prêt ?

Elle tendit le databloc à Yan.

— Prêt.

Il se mit en position à côté de la porte, blaster au poing.

Ayant allumé son sabre laser, Leia passa la pointe de la lame rouge sous la porte. La forte résistance devait venir des barres métalliques. Ensuite, elle procéda de même en haut de la porte. Un exercice qui se révéla plus difficile, puisqu’elle n’était pas assez grande pour pouvoir tenir le sabre à l’horizontale.

Après avoir ainsi éliminé les plus grosses défenses, elle recula et fit un signe de tête à Yan.

Il flanqua un coup d’épaule dans la porte, qui s’ouvrit à moitié. Rapide comme l’éclair, il évita les tirs de blaster des gardes en faction devant leur cellule.

Leia arrêta les deux projectiles avec son sabre laser, déviant l’un et renvoyant l’autre à travers la porte. Il toucha un des deux hommes, qui s’écroula, son uniforme bleu en feu.

Yan se pencha en avant et tira deux fois. Débarrassés du deuxième garde, ils purent ouvrir la porte en grand.

 

Les deux fugitifs négocièrent le virage qui les conduisit devant la sortie sécurisée de ce bloc. Yan gardant leurs arrières, Leia se mit à travailler sur les barreaux. Elle en coupa trois en un clin d’œil.

Des tirs de blaster indiquèrent l’approche de poursuivants. Les premiers rayons noircirent le mur, derrière Yan.

— Ça y est ? cria-t-il.

— Ça y est ! Viens.

S’étant déjà glissé par l’ouverture, Leia se tourna vers son mari. Il fonça vers elle et sauta entre les barreaux restants.

Les gardiens avaient atteint le bout du couloir et ils tiraient comme des fous, mais Leia intercepta leurs projectiles, enchantée d’être capable d’agir d’une manière aussi simple, directe et satisfaisante.

Quelques rayons déviés repartirent vers les poursuivants, les forçant à se mettre à l’abri.

Le corridor suivant était un tube de permabéton en légère pente descendante. Yan courut à toute vitesse sur une bonne distance. Un regard sur le databloc lui apprit qu’il était arrivé à l’endroit indiqué par R2-D2.

D’un coup de blaster, il marqua un point sur le sol.

— Voilà notre repère.

Leia vola presque pour le rejoindre. Du bout de son sabre laser, elle dessina un cercle approximatif. Yan attendit de voir apparaître les premiers pieds, en haut du couloir, avant de tirer.

— Comment ça se passe ?

— Lentement. Pour couper, j’ai d’abord tenu le sabre vers l’intérieur au lieu de l’extérieur…

— Quelle différence ça… Bon, je n’ai rien dit !

La découpe du permabéton en montant vers le centre du cercle créerait un bouchon qu’ils devraient relever vers eux. En procédant dans l’autre sens, il tomberait tout seul.

Ce qu’il ne fit pas. Essoufflée, Leia recula après avoir terminé son travail. Mais le morceau de permabéton proprement tranché resta en place.

— R2 ! hurla Yan en continuant de faire feu sur leurs poursuivants, quelle est l’épaisseur de ce plancher ?

Il parvint à consulter l’écran du databloc :

Moins d’un mètre.

— Alors, pourquoi ne bouge-t-il pas ?

Leia, exaspérée, tapa du pied sur son œuvre, sans résultat.

— Vérifie la carte, dit-elle. On n’est peut-être pas au bon endroit.

— Vérifie, toi !

Yan lui lança le databloc, puis tira trois salves. Les rayons des gardiens ricochaient tout autour d’eux.

— Je ne dois pas être capable de lire une carte !

— Non, c’est exactement le point indiqué !

— Alors, tombe, saloperie ! Tombe !

Yan poussa du pied le bouchon… qui ne vibra même pas. Alors il sauta dessus à pieds joints.

Le bouchon tomba.

Grâce au connecteur laissé par C-3PO, R2-D2 se relia à l’ordinateur qui commandait l’ouverture des portes du hangar.

Aussitôt, elles commencèrent à s’ouvrir.

Avec un crissement musical qui trahissait son ardeur à la tâche, l’astromec quitta la nacelle et monta sur le pont du Faucon. Il se brancha au port de données pour lancer une séquence de démarrage abrégée à vitesse cybernétique. Les autorités ne mettraient pas longtemps à s’apercevoir qu’une baie prétendument vide s’ouvrait pour laisser partir un cargo en principe réquisitionné. Quand cela arriverait, il voulait être sorti.

Après tout, R2-D2 n’avait pas si souvent l’occasion de piloter le Faucon Millenium.

 

Assis dans son bureau, le capitaine Gardeboue calculait quels trésors il pourrait s’offrir grâce à la récompense reçue pour la capture des époux Solo. Soudain, son comlink clignota.

— Capitaine, dit son aide de camp administratif, les Solo se sont évadés.

La poussée d’adrénaline fit tourner la tête à Gardeboue.

— J’espère que c’est une plaisanterie. Une plaisanterie très drôle afin que je rie jusqu’à en oublier de vous tuer.

— Ils n’ont pas quitté la prison, précisa l’aide de camp. Ils n’y parviendront d’ailleurs pas. Mais ils sont sortis de leur cellule.

— Je suggère que vous les remettiez dedans, lâcha le capitaine.

Sans attendre de réponse, il coupa la communication et se cala dans son fauteuil pour essayer de détendre ses muscles en prenant quelques inspirations profondes.

Si les Solo filaient, ses supérieurs de la Brigade de la Paix ne se contenteraient pas d’annuler sa prime. Ils décideraient sûrement de le prendre mal ! Si les choses évoluaient comme cela semblait probable et que la Brigade devienne le gouvernement légitime de cette planète arriérée, il pourrait être obligé de partir. Vite. Et discrètement.

Reprenant ses esprits, Gardeboue fouilla dans un tiroir de son bureau pour en sortir une poignée d’identipuces confisquées à des prisonniers. Avec une petite modification, l’une d’elles saurait être la clé de sa liberté.

 

Sous les pieds de Yan, le bouchon de permabéton découpé tomba dans le noir, mais seulement de trois mètres. Assez pour qu’il se demande s’il s’agissait de la galerie d’une mine, mais pas trop pour lui interdire d’amortir le choc. Son expérience l’aida à rouler sur le sol, jusqu’au mur, et à se relever souplement avec un minimum de contusions.

Un minimum. Son dos d’homme d’âge moyen ne lui laisserait pas oublier tout de suite l’aventure d’aujourd’hui…

Blaster toujours en main, Yan se retrouva dans un autre tunnel en permabéton, uniquement éclairé par la lumière qui filtrait du trou. Où apparut la tête de Leia.

— Tout va bien ?

— Descends !

Elle sauta, se retourna en plein vol et atterrit sur le bloc découpé avec une telle grâce, comparé à Yan, qu’il ne put s’empêcher de sourire.

— Tu fais ça aussi bien qu’un Jedi.

— Chut. Où allons-nous maintenant ?

Leia tendit le databloc à son mari. Après un rapide coup d’œil, il partit dans la direction qu’ils suivaient déjà au niveau supérieur.

— Il va y avoir une porte métallique donnant accès à un compacteur de ferrailles. Nous y prendrons à gauche et sortirons par la porte opposée.

— Non, Yan ! Pas un autre compacteur ! Un seul compacteur suffit pour toute une vie…

La carte affichée sur l’écran du databloc fut remplacée par un texte : J’ai coupé l’alimentation du compacteur. Il ne peut pas être réactivé sans une procédure de démarrage complète. Vous avez au moins trois heures devant vous.

— D’accord, concéda Leia. Dans ce cas, allons-y.

De nouveaux gardes approchaient du trou.

Yan et Leia détalèrent avant que les premiers rayons puissent les atteindre.

 

Visualisant son environnement avec les holocaméras extérieures du Faucon, R2-D2 activa les moteurs à répulsion.

Le cargo trembla comme une assiette qu’on fait tourner sur une tige. L’astromec s’émerveilla une fois de plus : avec leurs réflexes d’escargot, comparés à ceux d’un cerveau cybernétique, comment les humains parvenaient-ils à piloter aussi bien leurs vaisseaux spatiaux ?

Le Faucon franchit le portail de la baie avant que les portes se referment. R2-D2 s’autorisa un bip d’allégresse, car les autorités s’étaient aperçues de sa supercherie un instant trop tard.

Hors de la baie, le brouillage des communications n’étant plus efficace, l’astromec allait pouvoir de nouveau détecter le databloc de Yan et Leia et entrer en contact avec eux.

Maintenant, il devait amener le Faucon à la prison. Et ce n’était pas tout : en une seule pièce !

 

Furieux, Yan flanqua des coups de pied au tas de ferrailles qui bloquait la porte de sortie de chambre de compactage.

— R2, tu ne nous as pas précisé que nous allions devoir nous creuser un chemin !

Désolé. Le système informatique n’a pas mentionné que le compacteur était à moitié plein. Il s’agit d’une violation de leurs propres réglementations. C’est sans doute pour ça que la charge n’est pas indiquée.

— Leia, peux-tu couper à travers ? Ou à travers le mur ?

La lame rebondit sur la paroi d’un bleu brillant.

Leia secoua la tête.

— Scellement magnétique… Je pourrai traverser la pile en quelques minutes. (Des bruits de voix artificielles approchaient.) Mais nous n’avons pas tout ce temps…

Un droïd de sécurité entra par la porte du compacteur. Se mettant en position contre le mur opposé à la porte, il ouvrit le feu.

Leia para le premier coup pendant que Yan et elle se mettaient à l’abri. Ils étaient bien protégés : les morceaux d’acier absorbaient facilement l’énergie libérée par les carabines-blaster. Le danger venait des ricochets, contre les murs, encore renforcés par le blindage magnétique. Tôt ou tard, Yan ou Leia seraient touchés dans le dos.

Un deuxième droïd entra dans la chambre de compactage, suivi d’un troisième, d’un quatrième…

Tous tiraient sans retenue.

— Nous sommes fichus, dit Leia.

— Je ne crois pas…

Yan étudia leur cachette, trouva une « niche » mieux adaptée dans le tas de ferrailles, et s’y glissa. Pour riposter, il se leva un moment et arrosa leurs assaillants de salves de blaster.

— Ils sont six, sept ou même huit. Plus il y en a, et mieux c’est.

— Plus il y en a, et mieux c’est ?

Se glissant à côté de son mari, Leia semblait dubitative.

— Oui, si nous arrivons à les attirer en assez grand nombre, nous ne pourrons pas perdre.

— Je comprends pourquoi tu ne veux jamais connaître le pourcentage de chances de réussite. Parce que tu ne sais pas ce que signifie ce concept !

Yan eut un sourire en coin.

— Voilà, onze droïds sont entrés. Ça suffit pour commencer. Peux-tu me procurer deux de leurs carabines-blaster ?

— Tu as l’intention de nous libérer la voie par un tir de barrage ?

— En quelque sorte. S’il te plaît, Leia. Deux carabines.

Elle hésita, prise au dépourvu par l’expression s’il te plaît, très rare dans la bouche de Yan.

— Couvre-moi, dit-elle finalement.

Yan se releva et tira plusieurs salves. Leia l’imita quelques secondes plus tard. Plusieurs droïds retournèrent le feu. Mais il leur fallait veiller à ne pas toucher leurs collègues.

Par l’intermédiaire de la Force, Leia s’attaqua à un des derniers arrivants, qui ne tenait pas son arme fermement. D’un coup sec, elle fit voler la carabine vers elle. Avant même qu’elle atterrisse dans leur abri, elle répéta la manœuvre sur le droïd suivant.

De nouveau accroupie derrière leur bouclier de ferrailles, Leia tendit les deux armes à son mari.

— Et maintenant, on fait quoi ?

— La tactique du cuirassé.

Yan saisit la plaque d’acier la plus lourde à sa portée et la mit en place au-dessus de leurs têtes. Elle les couvrait presque complètement. Le seul éclairage, dans leur « tanière », provenait de la lueur rouge du sabre laser de Leia.

— Un trou ici, et là, dit Yan désignant deux endroits. De la taille d’un poing.

Leia s’exécuta. L’air empestait le transpacier surchauffé.

— Tu ne pourras pas les voir pour viser.

— Qui parle de viser ?

Les deux carabines en main, Yan les régla sur tir automatique. Puis, il les passa par les trous de manière à viser le plafond et fit feu.

Leia désactiva son sabre laser et se blottit dans un coin aussi éloigné que possible du champ de tir, les mains sur les oreilles. Les déflagrations faisaient un bruit infernal dans cet espace confiné.

Yan modifia légèrement l’angle de tir d’avant en arrière et de gauche à droite.

La plaque métallique, au-dessus de leurs têtes, commença à vibrer sous l’effet des impacts. Yan sourit à Leia puis ferma les yeux et soutint le feu.

La première carabine s’arrêta de tirer, faute de munition, suivie de près par la deuxième. Mais l’écho des ricochets ne cessa pas : les projectiles rebondirent sur une paroi de la chambre, puis sur une autre, jusqu’à ce qu’ils heurtent une surface non protégée par le blindage magnétique.

Par exemple, de la ferraille. Ou des droïds. Ou encore des droïds transformés en ferraille.

Quand le silence fut revenu, Yan poussa la plaque de métal et sortit prudemment la tête.

Leia regarda aussi.

Les droïds n’étaient pas tous détruits. La tête à moitié arrachée, l’un d’eux avança et recula en rythme, s’acharnant sur la détente d’une carabine dont le canon manquait. Un autre tourna sur lui-même, la partie supérieure dans un sens, la moitié inférieure dans l’autre. Mais la plupart ne bougeaient plus.

— Je vais garder l’autre porte, fit Yan, pendant que tu nous frayes un passage dans ce tas de ferraille !

— Ce sera un plaisir.

 

Les gardiens de la cour de promenade levèrent les yeux sur le Faucon Millenium qui tentait maladroitement de se positionner au-dessus d’eux.

Ils ouvrirent le feu. R2-D2 suivit l’attaque grâce à sa connexion avec les holocaméras du cargo, s’inquiétant momentanément des dommages qu’elle pourrait causer avant que sa routine de calcul des probabilités lui apprenne que le vaisseau ne risquait rien par des armes d’épaule.

Il fit descendre le Faucon de quelques mètres, jusqu’à ce que sa quille touche presque le sol et le stabilise.

Yan et Leia émergèrent de la porte latérale d’un des bâtiments qui entouraient la cour de promenade. Aussitôt, le feu des gardes se concentra sur eux. Mais Yan tira dans une direction pour les maintenir sur la défensive, et Leia dévia les projectiles.

R2-D2 abaissa la rampe d’accès tribord. En un éclair, Yan et Leia furent dans le cockpit.

L’astromec ferma le sas.

Leia lui tapota gentiment le dôme avant de s’asseoir dans le fauteuil du copilote.

— Excellent travail, R2.

Le droïd bipa en guise de réponse, envoya un dernier message par le port de données, puis se déconnecta.

Examinant d’un œil critique les tableaux de commande, Yan se débarrassa de son déguisement de pirate.

— C-3PO marche à pied au nord de notre position. Leia, va dans la tourelle-laser. Nous allons récupérer notre copain doré, puis déguerpir au plus vite.

— Dans l’espace, précisa Leia.

— Dans la forêt, rectifia Yan avec un sourire en coin. Tu peux te fier à moi !

 

Le spatioport était protégé par un quatuor de chasseurs Z-95 vieillissants, les vénérables ancêtres des ailes X. Ils suivaient le Faucon d’assez loin, hésitant à mitrailler un cargo aussi près du sol. Leia renforça leur circonspection grâce à un usage judicieux de la tourelle supérieure.

Yan dirigea son vaisseau vers le nord, et fit du rase-mottes pour récupérer C-3PO au passage.

Ensuite, il poussa les propulseurs à fond pour atteindre la forêt la plus proche, située au nord-ouest. Arrivé à la lisière des antiques arbres, quelques-uns de la hauteur d’un immeuble de vingt étages, le Corellien retourna le Faucon de quatre-vingt-dix degrés. Dans cette position perpendiculaire, le vaisseau glissa à travers la forêt comme une vibrolame dans du beurre bleu.

Les chasseurs aphrans abandonnèrent la poursuite et montèrent au-dessus de la ligne de cimes pour tenter de repérer l’ennemi. Après quelques centaines de mètres de manœuvres hardies entre les arbres, Yan remit le Faucon à plat ventre et se posa dans une clairière bien dissimulée.

— Si vous me permettez de poser une question, monsieur, dit C-3PO en s’agrippant aux accoudoirs avec la force du désespoir, pourquoi n’allons-nous pas dans l’espace ?

— Parce que quelqu’un est monté à bord du Faucon, répondit Yan. Et tu sais ce qui se passe chaque fois que des personnes que je n’aime pas visitent mon vaisseau ?

— Non, monsieur.

— Elles sabotent un truc ! En général les boucliers… Mais le motivateur d’hyperpropulsion est également très prisé. Je déteste ça ! Leia, prends les commandes pendant que je vérifie ce qu’ils ont fait.

— Oui, capitaine. Bien, capitaine. J’y vais tout de suite, capitaine.

Leia revint dans le cockpit et s’assit à la place du pilote, que Yan venait de libérer – non sans lui donner un baiser en passant.

— Mon cher, nous avons quelques minutes avant qu’ils nous trouvent et reviennent avec l’artillerie lourde.

— Espérons que mes talents de mécanicien sont aussi extraordinaires que je le pense.

— Puis-je faire quelque chose en attendant ?

— Occupe-toi du panneau com et essaye de capter leurs fréquences. Leurs dialogues nous donneront une idée du temps qui nous reste vraiment.

— Je vais aussi envoyer un message à nos contacts, chez les contrebandiers, pour leur dire qu’il nous faut partir en vitesse.

— C’est très poli de ta part. Très convenable…

— Oh, tais-toi !

Yan ne mit pas longtemps à trouver le motivateur d’hyperpropulsion ! Quelqu’un y avait placé un banal fusible qui aurait tenu le coup pendant une vérification système, mais qui aurait sauté dès le passage dans l’hyperespace. En plus, le saboteur avait installé un mouchard dans le compartiment de l’hyperdrive.

Yan remit de l’ordre dans les moteurs, puis jeta le dispositif espion par une écoutille.

Revenu dans le cockpit, il reprit sa place, Leia gardant le casque de l’unité com sur la tête.

A bâbord, dans le lointain, un objet volant oblong avançait vers eux à travers les arbres.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Yan. Un engin local ou un appareil des Vong ?

— Je n’en sais rien, répondit Leia.

— Alors, on va le distancer d’abord… et l’identifier plus tard.

Yan activa les répulseurs et fit se cabrer le Faucon. Cette manœuvre lui valut de petits cris indignés de C-3PO et un bip consterné de R2-D2.

Accélérant pour s’élever au-dessus des arbres, Yan sourit à Leia :

— Ciel ! J’ai oublié de leur annoncer notre décollage imminent.

— Hum…

— Leia, tu dois admettre que c’était amusant.

— Amusant ! On nous a enlevés, jetés en prison, menacés de torture, tirés dessus – et tu trouves ça drôle !

— Exactement !

Sans le vouloir, Leia sourit.

— D’accord, d’accord… Malgré tout, c’était amusant.

— Tu vois ! La princesse est de retour !

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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